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Commentaire sur :

André Schiffrin, Le contrôle de la parole, La fabrique 2005

25 juillet 2007

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Pour lire un peu plus :

- L'édition sans éditeurs

-
Allers-Retours
Dans L'édition sans éditeurs, Schiffrin avait décrit la conquête du secteur de l'édition par la finance et la perte de qualité qui en résulte : quand on exige un taux de rentabilité de 20 %, quand chaque livre doit être rentable, il n'existe plus d'espace pour la chasse aux nouveaux talents car elle comporte une part de risque.

Cette évolution était plus avancée aux Etats-Unis ; hélas, dit Schiffrin dans Le contrôle de la parole, la France les a maintenant rejoints. Mais pourquoi de grands groupes comme Bouygues (bâtiment), Dassault et Lagardère (armement), Vivendi (distribution d'eau) ont-ils montré un tel appétit pour les industries culturelles ?

C'est parce que cette industrie peut être l'outil d'une influence à laquelle la classe politique est sensible, cette classe politique dont dépendent les commandes publiques qui alimenteront leurs groupes.

Ainsi la culture est prostituée au commerce du BTP, des armes, des réseaux d'eau etc. Mais il y a pire : comme notre pensée s'alimente par la lecture, par le spectacle, à travers le contrôle des médias les grands groupes contrôlent notre manière de penser. Nous serons abondamment alimentés en faits divers, mais les informations qui pourraient gêner tel ou tel puissant ne seront pas diffusées : le reportage le plus courageux sur l'achat d'Executive Life par le Crédit Lyonnais a été publié, dit Schiffrin, par le bureau parisien de l'Economist et non par la presse française.

Par ailleurs le lourd conformisme du consensus parisien pèse sur l'édition. On ne publie que des livres dont la réussite commerciale paraît certaine ; aucun éditeur ne peut s'autoriser à prendre un risque et tous rêvent de réussir un "coup" comme Da Vinci Code, honte pour l'édition mais profit élevé. La distribution elle-même se standardise et se banalise, avec la concentration de la librairie.

La situation n'est cependant pas désespérée. Certains pays ont pris des dispositions pour soutenir la librairie indépendante et de qualité. Il existe aussi de petites maison d'édition courageuses qui vivent grâce à un réseau de lecteurs fidèles et savent se contenter de faibles marges.

Ainsi se crée, en dessous des grandes maisons historiques, avalées l'une après l'autre par la finance, un samizdat d'un nouveau type qui, dans des conditions précaires, entretient la qualité. Mais par la force des choses il ne touche qu'un public limité ; le grand public, lui, est orienté par la publicité vers des produits médiocres et l'information qu'il reçoit est manipulée à des fins intéressées.