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Message d'Alain Grandjean

4 août 2006


Pour lire un peu plus :

- Le plein s'il vous plaît
- A propos du "Parti de la décroissance"

Je viens de recevoir un message d'Alain Grandjean, co-auteur avec Jean-Marc Jancovici de Le plein s'il vous plaît. Ce message répond à ma fiche sur le "Parti de la décroissance". Il contient des précisions utiles sur la position personnelle d'Alain Grandjean et sur celle de Nicolas Hulot. Je le reproduis ci-dessous tel quel.

*     *

Cher camarade,

En tant que co-auteur du "Plein s'il vous plaît",  j'aimerais  dissiper un éventuel malentendu. Je ne suis en rien favorable à la décroissance, dans l'acception la plus courante de ce terme vague  qui est "décroissance du PIB". Et je me sens en phase avec ces quelques lignes que tu viens de rédiger :

"(...) la croissance intelligente, laquelle serait pourtant le plus sûr moyen :
(1) de comprendre ce qui nous arrive et d'accroître notre bien-être, condition nécessaire (quoique certes pas suffisante) du bonheur ;
(2) de réduire la consommation en énergie d'origine fossile ;
(3) d'offrir au monde, notamment à ceux des pays pauvres qui sont en train de s'enrichir (Chine, Inde etc.), une autre perspective que celle, physiquement intenable pour la planète, de la way of life gaspilleuse à l' américaine"

Dans le chapitre 5  de notre livre nous avons surtout attaqué le PIB, qui est un très mauvais indicateur du bien-être, du progrès, du bonheur... et souligné le fait que depuis plusieurs décennies  sa croissance s'accompagne dans le monde (c'est un fait) de la croissance de tout un tas de quantités physiques - comme la consommation d'énergie fossile ou l'émission de CO2 dans l'atmosphère, qui ne pourront un jour que décroître.

Si  en théorie il est possible de "décorréler" la croissance du PIB et celle de ces quantités qui ne le pourront éternellement, dans les faits on en est loin. Mais c'est bien le défi principal des prochaines décennies.

Nous sommes  "partisans" de la décroissance de ces quantités physiques, pensant que la faire volontairement, cette décroissance, ce sera moins pénible que de la subir. Et si nous appelons de nos voeux la taxe sur les fossiles c'est pour rendre la décroissance de la consommation d'énergie fossile cohérente avec les calculs des agents économiques décentralisés. Si ce mécanisme fait croître l'usage du vélo, de la vidéoconférence, du solaire, du bio, du "végétarien"; de la réflexion, de la contemplation, toutes ces activités vont croître c'est certain. Il  y aura donc bien une croissance de quelque chose (et une décroissance d'autres choses, ceci nous rappelant Schumpeter et sa destruction créatrice).
Concernant le PIB lui-même ses défenseurs à l'INSEE reconnaissent souvent ses faiblesses mais répondent que c'est une convention internationalement reconnue qu'on ne peut faire bouger.

Bien qu'ayant pris connaissance (notamment grâce au bouquin de Jean Gadrey sur les nouveaux indicateurs de richesse) de certains travaux sur les indicateurs du "développement durable"  je n'ai pas encore identifié d'indicateur qui soit pertinent et reconnu socialement pour mesurer cette autre croissance que j'appelle aussi de mes voeux. Nous n'avons  pas dans "Le plein" développé un contenu "positif" à une autre croissance, simplement parce que nous nous sommes concentrés dans  ce livre sur une seule idée "positive" celle de la taxe. Il faudrait faire un bouquin sur le seul sujet que tu abordes.

Tous comptes faits, l'épaisseur de nos désaccords est probablement plus faible que ne le laisse penser ton "à propos de la décroissance" pourfendant les croisés de la décroissance. A ce sujet, je sais de source certaine que Nicolas Hulot n'en fait pas partie, pas plus qu'il ne soutient de près ou de loin le " parti de la décroissance", quoi qu'en dise le journaliste du Monde. Si  Nicolas Hulot  n'a pas publié de démenti ou de nuances comme Hubert Reeves c'est sans doute que cet article lui a échappé.

Bien cordialement,

Alain Grandjean

PS : tu peux citer ce courrier dans ton blog.