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Modèle marketing des services documentaires payants

5 février 2000

L'objet de cette fiche est de fournir les éléments essentiels pour comprendre et modéliser les aspects marketing d'un nouveau service documentaire payant sur le Web.

Elle ne traite pas les composantes " gratuites " de tels services (sponsoring, affichage publicitaire, fonction de portail) : ces composantes sont caractéristiques du marketing du Web, et donc importantes, mais leur logique n’est pas celle du contenu payant à laquelle nous nous limitons ici.

Les déterminants de la diffusion du service (rapport qualité / prix, préférences des clients, rythme de pénétration) sont examinés sous une forme simplifiée permettant un traitement numérique complet en vue de comparer des stratégies d'offre.

Introduction

Nous commencerons par spécifier la fonction d'utilité du client d'un tel service ; nous présenterons ensuite un modèle décrivant les mécanismes de diffusion d'un service en fonction de ses caractéristiques de qualité et de prix. Ce modèle sera complété dans deux directions : (1) nous explorerons le cas particulier de la diffusion lorsque le service est différencié en gamme ; (2) nous décrirons les propriétés de formules tarifaires plus complexes que celle retenue initialement.

Enfin, nous montrerons comment ce modèle marketing peut être inséré dans un modèle économique susceptible d'éclairer la prise de décision d'un offreur de services, et évoquerons les problèmes posés par les estimations économétriques nécessaires pour donner au modèle un contenu quantitatif et une portée opérationnelle.

Fonction d'utilité

Il faut mettre en évidence les propriétés les plus importantes de la fonction d’utilité pour la question que nous étudions. Nous retiendrons ici une spécification simple et ferons l'impasse sur certains phénomènes comme la substitution du service avec d'autres services existants.

Un service documentaire apporte au client une utilité dépendant :

- de la qualité du stock de documents ;

- du nombre de documents disponibles ;

- de la commodité de l'accès au stock.

Le dernier paramètre dépend des outils utilisés et de la qualité de l'indexation. Le premier paramètre dépend de la pertinence de la politique éditoriale qui a présidé à la constitution du stock .

Toutes choses égales d'ailleurs, pour une qualité éditoriale et technique donnée, l'utilité du service est fonction croissante du nombre de documents : plus ce nombre est élevé, plus la probabilité que le document désiré par le client soit présent dans le stock est forte.

La fonction d'utilité du service dépend aussi des offres concurrentes : l'utilité est plus faible s'il existe déjà un service analogue. Nous montrerons dans la partie consacrée à la différenciation comment l'offre d'un service voisin peut affecter la demande.

Nous n'examinons pas ici l'équilibre du marché de l'ensemble des services Web, mais celui d'un service considéré isolément. L'étude du marché de l'ensemble des services nécessiterait de formaliser l'équilibre de concurrence monopoliste qui résulte à terme des comportements d'offre de nouveaux services. Comme les services Web sont encore relativement récents, on est loin de ce point d'équilibre ; la différenciation des services étant réduite, on peut supposer que chacun est en position de monopole de facto dans la " niche " pour laquelle il a été construit. C'est cette situation que nous allons décrire.

Chaque offreur doit cependant avoir présente à l'esprit la perspective d'un renforcement de la concurrence et doit s'y préparer en établissant l'équilibre économique de son offre sur une période courte (de l'ordre de cinq ans au plus), et en lui conférant le niveau de qualité et de prix qui l'aidera par la suite à résister à l'émergence d'offres voisines.

Nous caractériserons chaque client par le paramètre l définissant sa fonction d'utilité :

(1) ul = U(N) - l.p,

où N est le nombre de documents fournis par le service et

où N est le nombre de documents fournis par le service et l représente la sensibilité du client l au prix du service : plus l est grand, plus la décision du client est influencée par le prix. U(N) est telle que U' > 0 et U" < 0 (cela signifie que l'utilité marginale d'un document supplémentaire, toujours positive, est d'autant plus faible que N est plus grand).

Si l = 0, le client n'est sensible qu'à U(N).

Si l > 0, ul devient négatif lorsque p > U(N)/l : dans ce cas, le client n'achète pas le service.

Dans le plan (N, p), la courbe d'indifférence correspondant à des valeurs données de l et de u a pour équation :

(2) p = [U(N) - u]/l

Supposons U(N) de la forme k.ln(N/N0) où ln est le logarithme népérien.

Considérons les courbes d'indifférence pour une même valeur de l et des valeurs différentes de l'utilité (il s'agit donc des courbes d'indifférence d'un même client) ; elles sont parallèles :

Graphique 1 : courbes d'indifférence d'un client

Considérons maintenant les courbes d'indifférence pour une même utilité et des valeurs diverses de l (il s’agit de courbes d'indifférence correspondant à un même niveau d'utilité pour des clients différents) ; elles sont affines les unes des autres et coupent toutes l'axe des abscisses au point tel que u = U(N).

 

Graphique 2 : courbes d'indifférence de divers clients pour une même utilité

En partant de ces deux graphiques, on se représente l'ensemble des courbes d'indifférence, que l'on considère un client ou des clients différents.

Modèle de diffusion

Précisons le vocabulaire utilisé :

  • " clientèle potentielle " : clientèle du service à terme, lorsque son niveau asymptotique a été atteint.
  • " pénétration " : fonction du temps déterminant la façon dont l’effectif de la clientèle rejoint celui de la clientèle potentielle.
  • " diffusion " : variation de l’effectif de la clientèle, résultant d’éventuelles évolutions de la clientèle potentielle (si le prix ou la qualité changent) ainsi que de la pénétration.

La diffusion d'un nouveau service est ainsi représentée par la combinaison de deux lois :

  • l'une décrit l'évolution de la clientèle potentielle ;
  • l'autre décrit la dynamique de pénétration dans la clientèle potentielle.

Clientèle potentielle

La taille de la clientèle potentielle dépend de la qualité du service et de son prix. l étant positif, on supposera que la répartition de la population selon le paramètre l suit une loi Log-Normale (i. e. le logarithme de l suit une loi normale). La taille de la clientèle potentielle s'exprime, à partir de cette loi, en fonction du prix et de la qualité du service.

La loi Log-Normale a pour densité de probabilité :

(3) f(x) = (1/(x * s * (2p)1/2))*exp((-1/2)*((ln(x) - m)/1/2))*exp((-1/2)*((ln(x) - m)/s)2)

Elle est déterminée par les deux paramètres m et s. Ses valeurs caractéristiques sont :

(4) mode : exp (m - s2)

(5) moyenne : exp (m + s s2/2)

(6) écart type : exp (m + s2)*(1 - exp(- s s2))1/2

Le client l envisage de s'abonner si u l envisage de s'abonner si ul > 0, c'est-à-dire si p < U(N)/l. Si pour une valeur donnée de N on représente les valeurs de ul en fonction de l, on trouve le graphique suivant qui met en évidence le seuil de décision:

Graphique 3 : seuil de décision

Le seuil de décision dépend donc de N et de p. La clientèle potentielle va varier en fonction de ces deux paramètres. Si l'on représente l'utilité en fonction de l et la fréquence des valeurs de l, on visualise la taille de la clientèle potentielle : c'est la surface contenue sous la courbe représentative de la loi Log-Normale et située à gauche de la droite AB. Si p diminue, ou si N augmente, le point A se déplace vers la droite et la clientèle potentielle augmente.

Graphique 4 : seuil de décision et clientèle potentielle

Graphique 5 : distribution de densité selon l

Supposons que la distribution de l suive la loi Log-Normale de moyenne 3,6 et d'écart-type 1,5 représentée sur le graphique 5, et que les décisions concernant les paramètres N et p provoquent l'évolution suivante du rapport U(N)/p (cette évolution par palier se produira par exemple si N reste constant et que l'on diminue le prix par étapes) :

Graphique 6 : évolution de U(N)/p

La population potentiellement intéressée par le service évolue ainsi :

Graphique 7 : évolution de la clientèle potentielle

Chaque baisse de prix (ou chaque augmentation de la qualité) élargit donc la clientèle potentielle du service. On observe que la première baisse de prix fait gagner davantage de marché potentiel que la seconde, bien que celle-ci soit plus forte : cela résulte de la forme de la distribution de l.

Courbe de demande

On peut à partir des indications précédentes retrouver la forme classique de la courbe de demande (potentielle) en fonction du prix du service pour un niveau de qualité donné ; le modèle permet aussi de représenter l'incidence de la qualité sur la demande pour un niveau de prix donné.

Notons U0 la qualité de service supposée constante. Le "prix de réservation" p, au dessous duquel le client

Courbe de demande

On peut à partir des indications précédentes retrouver la forme classique de la courbe de demande (potentielle) en fonction du prix du service pour un niveau de qualité donné ; le modèle permet aussi de représenter l'incidence de la qualité sur la demande pour un niveau de prix donné.

Notons U0 la qualité de service supposée constante. Le "prix de réservation" p, au dessous duquel le client l achètera le service, est :

(7) p = U0/l.

Comme

Comme l est distribué selon la loi Log-Normale (m, s), p est distribué selon la loi Log-Normale (ln(U0) - m, s).

La courbe de demande est obtenue en utilisant la fonction cumulative de cette distribution ; elle a la forme suivante :

Graphique 8 : courbe de demande

Demande potentielle et qualité du service

Notons p0 le niveau de prix supposé constant. La "qualité de réservation" N, pour laquelle le client

La courbe de demande est obtenue en utilisant la fonction cumulative de cette distribution ; elle a la forme suivante :

Graphique 8 : courbe de demande

Demande potentielle et qualité du service

Notons p0 le niveau de prix supposé constant. La "qualité de réservation" N, pour laquelle le client l achètera le service, est telle que

(8) U = l.p0, avec U = k.ln(N/N0).

Pour simplifier les notations, nous supposerons ci-dessous que N0 = 1 (ceci revient à supposer que l'on mesure le nombre de documents en prenant pour unité de volume le nombre N0 de documents tel que U(N0) = 0).

ln(N) suit la loi Log-Normale (m + ln(p0) - ln(k), 0, avec U = k.ln(N/N0).

Pour simplifier les notations, nous supposerons ci-dessous que N0 = 1 (ceci revient à supposer que l'on mesure le nombre de documents en prenant pour unité de volume le nombre N0 de documents tel que U(N0) = 0).

ln(N) suit la loi Log-Normale (m + ln(p0) - ln(k), s). La demande potentielle en fonction de N a la forme suivante :

Graphique 9 : demande potentielle en fonction de la qualité du service

Pénétration du service

La pénétration du service en fonction du temps pour une clientèle potentielle donnée est représentée par une loi de Gompertz (préférable ici à la loi logistique qui a l'inconvénient de placer l'origine du temps à - ¥ ) :

(9) y =

Graphique 9 : demande potentielle en fonction de la qualité du service

Pénétration du service

La pénétration du service en fonction du temps pour une clientèle potentielle donnée est représentée par une loi de Gompertz (préférable ici à la loi logistique qui a l'inconvénient de placer l'origine du temps à - ¥ ) :

(9) y = a . exp [- exp (g (t0 - t)) ]

Lorsque t -> ¥ , y -> 0 - t)) ]

Lorsque t -> ¥ , y -> a ; le coefficient a représente donc la taille de la clientèle potentielle. Plus g est élevé, plus la convergence est rapide. t0 est l'abscisse du point d'inflexion de la courbe ; lorsque t = t0, le taux de pénétration est de 36,79 %. Nous poserons b = g t0 et utiliserons la notation :

(10) y = 0 et utiliserons la notation :

(10) y = a . exp [- exp (b - g . t) ]

Pour un service Web,

Pour un service Web, g est élevé en raison de l'effet d'avalanche résultant des comportements d’imitation, et b est élevé en raison de la lenteur de la pénétration initiale. Ces deux coefficients dépendent par ailleurs de la qualité de la politique commerciale et de la politique de communication menée par l'offreur.

La forme de la loi de Gompertz est donnée par le graphe ci-dessous :

Graphique 10 : loi de Gompertz

Diffusion du service

Le mécanisme d'ensemble de diffusion d'un nouveau service comporte trois étapes :

- évolution du paramètre critique, fonction du prix et de la qualité de service, déterminant les seuils d'acceptation pour les clients potentiels ;

- taille de la clientèle potentielle, en fonction de la position du paramètre ci-dessus par rapport à la distribution de la sensibilité au prix l dans la population ;

- rythme de pénétration dans la clientèle potentielle.

Lorsque l'on passe d'une phase de diffusion à la suivante (par exemple à l'occasion d'une baisse de prix), on passe sur une nouvelle loi de Gompertz. Nous supposons que le coefficient g de la nouvelle loi est le même que celui de la loi précédente, le coefficient b s'ajustant pour tenir compte de la pénétration déjà acquise.

La diffusion du service se fait alors selon une succession de lois de Gompertz, chacune s'enchaînant à la précédente et ayant pour niveau asymptotique la clientèle potentielle correspondant aux valeurs prises par la qualité et le prix du service. Si l'on prend pour exemple le cas évoqué ci-dessus, on trouve la courbe de diffusion suivante :

Graphique 11 : diffusion du service

Des politiques de prix plus contrastées peuvent susciter un profil de diffusion plus accidenté : ainsi, si l'on suppose que le rapport U(N)/p varie de la façon suivante :

Graphique 12

on obtient le graphe de diffusion suivant :

Graphique 13

La baisse de prix (ou la hausse de la qualité) relance donc la diffusion, alors que celle-ci avait atteint pratiquement toute la clientèle potentielle concernée par les premières valeurs des paramètres de prix et de qualité.

Stratégie d'offre

Considérons un offreur se trouvant en situation de monopole de facto, en raison de la nouveauté de l'offre de services Web (lorsque cette offre sera à maturité, il faudra utiliser un modèle de concurrence monopolistique). Sa stratégie d'offre va consister à maximiser le profit actualisé compte tenu des informations qu'il possède sur la demande.

La fonction de coût dépend du nombre N de documents et du nombre n de clients. Nous la noterons c(N, n). Si on la suppose affine en N et n séparément, elle a la forme :

(11) cI(N, n) = F + a.N + b.n + c.N.n pour les dépenses d'investissement (à compléter par l'indication de la durée de vie des matériels et logiciels),

(12) cE(N, n) = F + a.N + b.n + c.N.n pour les dépenses d'exploitation.

L'offreur doit choisir parmi les combinaisons (N, p) ; si l'on note n(N, p) la demande qui répond à une telle offre, et si l’on ne tient pas compte du temps, l'offreur doit résoudre le programme en (N, p) du type suivant :

(13) max {p.n(N, p) - c(N, n(N, p))}.

Le traitement complet du problème suppose que l'offreur tienne compte de la loi de pénétration du service ainsi que de l'évolution du coût de production. Dans le domaine des services Web, la stratégie d'offre sera fonction du temps : l'offreur doit la déterminer de façon à maximiser la valeur actuelle nette de son projet, qui peut s'écrire en notant A le taux d'actualisation (A est la somme du taux d’intérêt d’un placement sans risque sur le marché, et de la prime de risque jugée raisonnable pour un projet de ce type) :

(14) StÎ [0, ¥ ] [{p(t).n[N(t), p(t)] - c[N(t), n[N(t), p(t)], t]}/(1 + A)t]

(La somme est prise en fait non sur l’infini, mais sur l’intervalle de temps représentant la durée de vie plausible du service).

Il serait difficile de résoudre un tel programme sous forme analytique, même en utilisant comme nous l'avons fait des spécifications fonctionnelles simples ; cependant il est aisé de le résoudre sous forme numérique en procédant par simulation.

La stratégie d'offre répondant à une évolution donnée des coûts de production comportera donc d'une part une chronique N(t) représentant la qualité du service offert, d'autre part une chronique de prix p(t). L'offre d'un service documentaire sur le Web sera donc évolutive, même si l’on ne tient pas compte des conditions de concurrence propres à ce marché. Il est d'autant plus nécessaire d'organiser cette évolution dès la conception même du service.

Différenciation du service

Nous avons jusqu'à présent supposé que le service était offert sous une seule forme. Il est souvent intéressant, pour toucher divers segments de clientèle, de différencier en " gamme " l'offre de services; la différenciation peut porter soit sur le contenu de la base documentaire (plus ou moins riche), soit sur le mode d'accès (plus ou moins confortable), soit sur les deux caractéristiques. Le service de qualité moindre sera vendu à un prix plus bas.

Nous décrirons d'abord comment formaliser l'offre en gamme, puis lui appliquerons le modèle précédent afin de représenter la réaction des clients à une telle offre. Il en découle des indications relatives aux effets des stratégies d'offre sur la diffusion d'un service.

Offre d’une gamme

Pour schématiser le cas où le service est offert en gamme, nous supposerons que deux types d'accès et de stocks sont prévus :

- l'un concernant des documents stockés en mode caractère, et offrant N1 documents à la consultation ;

- l'autre concernant des documents stockés en mode image (et comprimés de façon que la durée de transmission soit analogue à celle des documents en mode caractère), offrant N2 = 10 x N1 documents.

Deux services différents seront offerts :

- un service "bas de gamme" S1, offrant le premier type d'accès seulement ;

- un service "haut de gamme" S2, offrant les deux types d'accès.

Nous noterons N2 > N1 le nombre d'ouvrages accessibles avec S2. U(N) étant fonction croissante de N, U(N2) > U(N1).

Nous supposerons pour simplifier le raisonnement que ces deux services sont vendus pour des prix forfaitaires p1 et p2 avec p2 > p1 (cette hypothèse sera enrichie par la suite pour introduire des tarifications plus complexes).

Réaction des clients à une offre en gamme

Le client t]

(La somme est prise en fait non sur l’infini, mais sur l’intervalle de temps représentant la durée de vie plausible du service).

Il serait difficile de résoudre un tel programme sous forme analytique, même en utilisant comme nous l'avons fait des spécifications fonctionnelles simples ; cependant il est aisé de le résoudre sous forme numérique en procédant par simulation.

La stratégie d'offre répondant à une évolution donnée des coûts de production comportera donc d'une part une chronique N(t) représentant la qualité du service offert, d'autre part une chronique de prix p(t). L'offre d'un service documentaire sur le Web sera donc évolutive, même si l’on ne tient pas compte des conditions de concurrence propres à ce marché. Il est d'autant plus nécessaire d'organiser cette évolution dès la conception même du service.

Différenciation du service

Nous avons jusqu'à présent supposé que le service était offert sous une seule forme. Il est souvent intéressant, pour toucher divers segments de clientèle, de différencier en " gamme " l'offre de services; la différenciation peut porter soit sur le contenu de la base documentaire (plus ou moins riche), soit sur le mode d'accès (plus ou moins confortable), soit sur les deux caractéristiques. Le service de qualité moindre sera vendu à un prix plus bas.

Nous décrirons d'abord comment formaliser l'offre en gamme, puis lui appliquerons le modèle précédent afin de représenter la réaction des clients à une telle offre. Il en découle des indications relatives aux effets des stratégies d'offre sur la diffusion d'un service.

Offre d’une gamme

Pour schématiser le cas où le service est offert en gamme, nous supposerons que deux types d'accès et de stocks sont prévus :

- l'un concernant des documents stockés en mode caractère, et offrant N1 documents à la consultation ;

- l'autre concernant des documents stockés en mode image (et comprimés de façon que la durée de transmission soit analogue à celle des documents en mode caractère), offrant N2 = 10 x N1 documents.

Deux services différents seront offerts :

- un service "bas de gamme" S1, offrant le premier type d'accès seulement ;

- un service "haut de gamme" S2, offrant les deux types d'accès.

Nous noterons N2 > N1 le nombre d'ouvrages accessibles avec S2. U(N) étant fonction croissante de N, U(N2) > U(N1).

Nous supposerons pour simplifier le raisonnement que ces deux services sont vendus pour des prix forfaitaires p1 et p2 avec p2 > p1 (cette hypothèse sera enrichie par la suite pour introduire des tarifications plus complexes).

Réaction des clients à une offre en gamme

Le client l envisage de s'abonner si ul > 0, c'est-à-dire si pour l'un des deux services au moins p < U(N)/l. Il choisit ensuite celui des deux services qui maximise ul. Si pour des valeurs données de N1 et N2 l'on représente les valeurs de ul en fonction de l, on trouve le graphique suivant mettant en évidence les seuils de décision :

 

Graphique 14 : les seuils de décision

Supposons que U(N1)/p1 > U(N2)/p2 (sans cela, seul le service S2 pourrait avoir des clients).

Il résulte de la forme retenue pour la fonction d'utilité que si, pour un client dont le paramètre est l :

(15)

(15) l < [U(N2) - U(N1)]/(p2 - p1), client s'abonne à S2 ;

(16) [U(N2) - U(N1)]/(p2 - p1) < 2) - U(N1)]/(p2 - p1), client s'abonne à S2 ;

(16) [U(N2) - U(N1)]/(p2 - p1) < l < U(N1)/p1, le client s'abonne à S1 ;

(17) 1)/p1, le client s'abonne à S1 ;

(17) l > U(N1)/p1, le client n'achète aucun des deux services.

En considérant la distribution des valeurs de 1)/p1, le client n'achète aucun des deux services.

En considérant la distribution des valeurs de l dans la population, on obtient la répartition suivante :

 

Graphique 15 : clientèles potentielles

Les surfaces contenues sous la courbe donnent les proportions entre les effectifs des populations clientes de S1, de S2 ou d'aucun des deux services. Ces surfaces dépendent des valeurs N1 et N2, ainsi que des prix p1 et p2.

Stratégie d'introduction d'une gamme

Les effectifs ainsi déterminés sont ceux des clientèles potentielles des deux services : si l'on représente par une fonction de Gompertz la variation de la clientèle d'un service dans le temps, l'effectif ci-dessus sera l'ordonnée de l'asymptote.

Si l’on observe la façon dont se constituent les stocks documentaires, on doit distinguer deux phases dans l’évolution de l’offre : dans une première phase, les prix p1 et p2 seront stables et par contre N1 et N2 seront en croissance ; dans une seconde phase, N1 et N2 seront stabilisés et les prix p1 et p2 décroîtront. La dynamique de pénétration des services sera donc complexe : à l'effet pur de pénétration décrit par les logistiques s'ajouteront les effets des variations de N1 , N2, p1 et p2 sur la position des asymptotes.

Dans la première phase, la croissance de U(N1) et de U(N2) provoquera un déplacement vers le haut des deux droites du graphique 14 ; la pénétration de l'ensemble des deux services augmentera, mais la pénétration de S2 dépendra du signe de la variation de U(N2) - U(N1). Si l'on suppose que U(N) = k. ln (N), U(N2) - U(N1) reste constant si le rapport N2/N1 ne varie pas : dans ce cas, la pénétration du service S2 ne varie pas non plus dans la première phase ; par contre, celle du service S1 augmente.

Dans la deuxième phase, la diminution de p1 et p2 fait pivoter les droites du graphique 14 autour de leur intersection avec l'axe des ordonnées. Si l'on suppose que les baisses des deux prix se font dans les mêmes proportions, les effectifs potentiels des deux services seront accrus.

Enrichissement de la tarification

Nous avons jusqu'ici supposé que la vente du service se faisait, comme pour un magazine, à l'abonnement ou au numéro. La facture ne dépend donc pas du volume de la consultation : le prix est une constante (F = p).

Il est généralement opportun de pratiquer un prix fondé pour partie sur le volume V de la consommation. La formule de facturation contient alors un degré de liberté supplémentaire (F = a + b.V), ce qui permet d'améliorer l'efficacité (c'est-à-dire d'accroître l'utilité pour le client à profit égal ; cf ci-dessous).

L'accroissement de l'utilité favorise, pour une facture moyenne égale, une meilleure pénétration du service. Elle permet donc une hausse du profit (ou une baisse de prix permettant une pénétration encore accrue) en raison de l'importance des coûts fixes dans ce type de service.

Tout se passe comme si, en remplaçant dans le raisonnement qui précède le prix p par le montant F de la facture, on diminuait en même temps la valeur de l (c'est-à-dire la sensibilité au prix) pour chaque client. Ceci revient à tasser vers la gauche la distribution de la population selon ce paramètre, et donc à augmenter la taille de la clientèle potentielle pour un rapport U(N)/p donné.

Nous allons établir que la formule la plus efficace sera une tarification dégressive (par exemple par paliers).

Démonstration

Supposons pour simplifier que les utilisateurs se classent en deux catégories selon l'intensité de leurs besoins :

- A : besoins faibles ;

- B : besoins forts.

Nous supposerons que la fonction d'utilité est quasi-concave, du type

(18) ui(V,F) = ui(V) - F, avec i = A ou i = B, F étant le montant de la facture et V le volume de la consommation.

Supposons le coût de production du type K + c.V (K est le coût fixe, c le coût marginal).

Notons D1 la droite F = c.V et D2 la droite F = p.V (p = prix "linéaire").

La condition d'équilibre budgétaire au prix p est, avec des notations évidentes issues du graphique ci-dessous,

(19) MANA + MBNB = K.

Soit D' la droite parallèle à D1 passant par MB.

Si on propose le tarif linéaire par morceaux (D2,D'), l'équilibre budgétaire est respecté et l'utilité est accrue pour les consommateurs "forts".

 

Graphique 16

L'augmentation de l'utilité est perçue par le client comme une amélioration du rapport qualité/prix ; elle a pour conséquence, comme le montre le graphique ci-dessus, une augmentation de la quantité consommée par l'utilisateur dont les besoins sont forts. Elle entraîne aussi une hausse de la pénétration du service, la hausse du rapport qualité/prix offert faisant franchir le seuil de décision à une nouvelle fraction des utilisateurs potentiels.

Modèle économique

Les résultats ci-dessus permettent de construire un modèle économique éclairant les politiques d'offre.

Supposons en effet que le comportement de la clientèle soit conforme au modèle que nous venons de décrire, et que l'offreur ne puisse jouer que sur le prix du service (la qualité est donc supposée constante). Baisser le prix lui permet d'élargir la clientèle potentielle en fonction de la distribution du paramètre l dans la population. La clientèle potentielle se transformera ensuite en clientèle effective selon le rythme de pénétration permis par la loi de Gompertz. L'évolution de la recette sera la résultante de deux effets de signe contraire : baisse de la recette unitaire en raison de la baisse du prix, hausse du nombre d'unités consommées. La connaissance des lois de comportement des clients (connaissance que nous supposons ici acquise par l'offreur) lui permet de calculer cette résultante, et donc de prévoir les chroniques de recettes correspondant à diverses politiques de prix.

L'offreur connaît par ailleurs les chroniques des coûts de production (dépenses d'investissement et frais d'exploitation) correspondant à la fourniture des volumes demandés pour le niveau de qualité retenu. Ces coûts de production varient dans le temps, le coût unitaire étant fonction décroissante de la quantité produite.

L'offreur est donc finalement en mesure de constituer la chronique de la variation de trésorerie disponible (VTD) induite par une politique de prix, en désignant par ce terme la fonction p(t) qui détermine l'évolution du prix du service dans le temps.

Il peut ainsi associer à chaque politique de prix des indicateurs comme la VAN (valeur actuelle nette), le TRI (taux de rentabilité interne) ou tout autre indicateur synthétique, et faire son choix en connaissance de cause. Dans la pratique, le choix effectif doit tenir compte du risque dû aux lacunes de l'information et de contraintes dues au comportement des clients (il est ainsi en pratique difficile de modifier un prix à la hausse, et p(t) sera donc une fonction décroissante au moins en prix réel ; les changements tarifaires ne doivent pas intervenir trop souvent, et p(t) sera donc une fonction évoluant par palier).

Le modèle informatique que nous venons de décrire, développé sous Excel et exploitable sur un PC, permet de réaliser aisément les divers calculs que nous venons de décrire. On doit entrer les paramètres de la loi Log-Normale et de la loi de Gompertz, ainsi que la loi de U(N) permettant de déterminer le rapport qualité prix U(N)/p. On entre ensuite la politique d'offre choisie (caractérisée par des chroniques N(t) et p(t)), et le modèle établit la chronique de diffusion du service. C'est à l'aide de ce modèle que nous avons établi par simulation les courbes de diffusion présentées dans la note.

A partir de cette chronique, et en utilisant des hypothèses sur les coûts de production du service, on peut effectuer les calculs permettant d'évaluer la rentabilité dégagée par la politique d'offre considérée, et comparer des politiques diverses.

Evaluation économétrique

Nous avons postulé ci-dessus que les comportements des clients suivaient des lois de formes déterminées. Conformément à la méthode économétrique, nous ne remettrons pas en question les formes de ces lois tant que nous n'aurons pas de fortes raison de nous rallier à d'autres spécifications. Nous devons cependant nous préoccuper de l'estimation des paramètres numériques qui permettent de définir ces lois.

Le modèle ci-dessus ne peut être en effet utilisé de façon réaliste qu'à la condition que l'on dispose d'estimations convenables des paramètres des fonctions impliquées. Ces évaluations devront être faites de façon exploratoire au moment de la préparation du service, puis mises à jour tout au long de son exploitation en observant les comportements des clients. Il faudra déterminer dans l'ordre les paramètres des lois suivantes :

- fonction d'utilité ;

- loi Log-Normale de distribution de l ;

- loi de Gompertz.

Forme de la fonction d'utilité

On a supposé que U(N) = k.ln(N/N0).

Les paramètres k et N0 déterminent l'effet relatif des gains en qualité et des baisses de prix sur les décisions des clients potentiels. Il est important de les connaître afin de déterminer comment l'offreur devra doser ses efforts et pourra arbitrer entre la hausse du coût de production nécessitée par une augmentation de la qualité et la baisse de recette unitaire associée à une baisse de prix.

Par exemple pour évaluer k, il faudra s'efforcer de connaître les équivalences que le client a en tête (considère-t-il qu'il est normal de payer deux fois plus pour accéder à un stock de documents 3 fois plus grand, 10 fois plus grand, 20 fois plus grand etc ?).

Loi Log-Normale

Les paramètres de la loi Log-Normale de distribution des valeurs de

- loi de Gompertz.

Forme de la fonction d'utilité

On a supposé que U(N) = k.ln(N/N0).

Les paramètres k et N0 déterminent l'effet relatif des gains en qualité et des baisses de prix sur les décisions des clients potentiels. Il est important de les connaître afin de déterminer comment l'offreur devra doser ses efforts et pourra arbitrer entre la hausse du coût de production nécessitée par une augmentation de la qualité et la baisse de recette unitaire associée à une baisse de prix.

Par exemple pour évaluer k, il faudra s'efforcer de connaître les équivalences que le client a en tête (considère-t-il qu'il est normal de payer deux fois plus pour accéder à un stock de documents 3 fois plus grand, 10 fois plus grand, 20 fois plus grand etc ?).

Loi Log-Normale

Les paramètres de la loi Log-Normale de distribution des valeurs de l pourront être évalués lors d'une enquête auprès des utilisateurs potentiels, qui permettra de situer pour chacun d'entre eux le seuil critique et de déterminer ensuite la distribution de ce seuil dans la population.

Loi de Gompertz

Les paramètres de la loi de Gompertz devront être choisis au départ de façon raisonnable, compte tenu de l'expérience acquise sur des services analogues ; il sera possible par la suite de préciser ces évaluations à partir de données d'observation.

Conclusion

La démarche décrite dans cette note permet de rendre compte de divers aspects de la diffusion d'un nouveau service. Le modèle économique facilite la réalisation des calculs. Il s'agit donc d'un outil complet dans son domaine.

Pour autant, des limites subsistent. Les spécifications retenues pour les diverses lois (fonction d'utilité, distribution de la sensibilité au prix, loi de pénétration) sont plausibles, mais pourraient être affinées pour tenir compte de situations concrètes. Le modèle a été simplifié pour ne retenir que les phénomènes essentiels : les applications doivent tenir compte des complications que peuvent présenter les cas particuliers.

Le point le plus faible est la partie économétrique. Nous n'avons pas procédé aux recherches statistiques et aux estimations qui permettraient de compléter le raisonnement qualitatif par des mesures. Il est par ailleurs évident que les études de marché ne donneront que des indications imprécises sur les préférences des clients et sur la fonction d'utilité.

Enfin les aspects tarifaires, ainsi que les problèmes liés à la différenciation en gamme, ont été abordés mais non traités à fond.

Au total cette note donne un cadre de raisonnement, et de ce point de vue elle est complète puisqu'elle aborde les aspects essentiels du problème posé. Cependant il faudra pour les applications l’enrichir en prenant en compte les caractéristiques propres au service considéré. Il faudra aussi faire un effort pour quantifier les évaluations de la manière la plus plausible, et rectifier ces évaluations en fonction des données apportées par l'expérience après lancement du service.